Anna

Les origines d’Anna sont un peu floues: s’agit-il d’ une fille grecque ou d’ une touriste française? Est-ce une
fata morgana qui soudainement apparaît pour disparaître aussitôt ? Peu importe. C’est une institutrice qui
incarne l’amour mais c’est un amour pur, naïf et presque dépourvu de signes extérieures de passion. On
comprend facilement que Francesco s’éprend d’elle mais ce qui pousse cette belle et silencieuse jeune fille à
suivre Francesco reste un mystère, sinon que c’est l’ennui qui la suit comme une ombre .

vont en chercher à l’ombre des dieux grecs. Elle avait flairé autour de Francesco le péril de mort.
Sans poser de questions, elle l’avait protégé, en favorisant sa fuite et avait partagé la fièvre, le danger.
Il n’y avait pas pensé, d’abord, mobilisé par la manoeuvre compliquée qu’il exécutait, par ce ballet de mort
qu’il faisait danser à Navarra et à ses hommes. Il n’était finalement plus resté que Navarra.

Peur. Prudence. Calcul. Celui-ci avait ralenti la poursuite.
Francesco et Anna s’étaient retrouvés seuls, dans l’auberge de
Skyros. Le soir était violet sur les rochers velus de broussailles
odorantes. La mer n’était qu’un murmure lointain, aussi discret
que le chuchotis du vent dans les lauriers-roses que les mots qu’
échangeaient, en bas, les hommes qui buvaient le vin résiné.

Au début Francesco n’avait vu en elle qu’une complice
occasionnelle, et même inconsciente. Il avait ainsi
utilisé ,à ses fins, des inconnus, des hommes, des femmes
et même tout un groupe de séminaristes allemands dont
les rouges soutanes le protégeaient. Anna avait une
voiture. Cela pouvait être fort utile.

S’était-il vraiment mépris sur l’élan qui l’avait porté
vers cette longue fille aux yeux graves, que le hasard
mettait et remettait sur ses pas. Certes, les itinéraires
des touristes en Grèce suivent un tracé implacable qui
les mène du Parthénon à Delphes, sans qu’il soit besoin
d’en consulter l’oracle.

Elle avait senti aussitôt qu’il ne s’agissait pas d’une
aventure banale, comme les étrangères romanesques