Il semblait vraiment s’éveiller d’un long, pesant sommeil. Il se leva, ses gestes étaient sans hâte, précis. Il se rasa
avec soin, et elle fut émue de l’extrême jeunesse du visage, pâle, aux méplats accusés. Il y avait dans le regard
une détermination froide et , après s’être réjouie de le voir émerger de l’apathie où il sombrait, elle s’en alarma.
Elle s’approcha de lui, essaya de sourire. Les yeux durs de Francesco s’adoucirent.

Carla, dit-il, j’ai besoin de toi. Elle avait l’habitude. Depuis trois mois qu’ils s’étaient rencontrés, au hasard d’un
bar, elle avait veillé sur lui comme sur un enfant. Déjà il n’avait plus un sou. Elle l’avait aidé à subsister. Tant
qu’il avait été pianiste à “Little Chicago” , accompagnant, bien mal, le numéro de chant qu’elle faisait, sans
conviction d’ailleurs, elle avait réussi à lui tenir plus ou moins la tête hors de l’eau. Mais il buvait vraiment de
plus en plus. Un être à la dérive. Et ce matin-là...

La radio continuait à moudre un texte quelconque. Il ferma le bouton, mais se mit à siffler entre ses dents le chant
de la révolution crétoise. C’était cet air viril, joué parmis d’autres, au programme du matin, qui semblait avoir
fait jouer en lui un déclic.
“Carla, reprit Francesco, il faut que tu me procures un revolver avec un silencieux...Vite.( Cinémonde 12/10/65).

Francesco ne veut pas renoncer à son projet. Et cela en
dépit des conseils que ne cesse de lui prodiguer Carla,
une chantuese avec qui il s’est lié d’amitié. Auprès d’elle,
il retrouve le calme, mais aussi l’ennui, qu’il avait oublié.
Il la regarde et il pense à un autre visage, à un autre regard,
ceux d’une inconnue (Anna) qu’il vient de rencontrer et qui
a aussitôt disparu. Ses longs cheveux, ses yeux gris-bleu...